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Quand on commence à travailler à son compte, il y a une période où tout se mélange facilement.
On reçoit un paiement d’un client dans notre compte personnel.
On paie un abonnement professionnel avec notre carte de crédit habituelle.
On passe au magasin acheter du matériel pour l’entreprise et, tant qu’à être là, on ajoute deux ou trois affaires personnelles sur la même facture.
Puis quelques mois passent.
Et au moment de faire la comptabilité, on se retrouve devant un relevé bancaire rempli de transactions en se demandant :
« Celle-là, c’était personnel ou pour l’entreprise? »
C’est exactement pour cette raison que séparer ses finances personnelles et professionnelles devient rapidement une très bonne habitude.
Pas parce qu’une transaction passée dans le “mauvais” compte devient automatiquement une catastrophe comptable.
Mais parce que plus les deux univers sont mélangés, plus il devient difficile de comprendre ce qui se passe réellement dans l’entreprise.
Au premier regard, séparer ses finances semble surtout être une façon de faciliter la tenue de livres.
Et oui, ça aide énormément.
Mais il y a aussi quelque chose de plus important derrière ça : être capable de voir clairement la réalité financière de son entreprise.
Si toutes les dépenses personnelles et professionnelles passent dans le même compte, le solde bancaire ne veut plus dire grand-chose.
Il peut rester 4 000 $ dans le compte, mais combien appartient réellement aux activités de l’entreprise?
Combien devra servir aux taxes?
Combien correspond à des dépenses personnelles?
Combien l’entreprise a-t-elle réellement généré?
Quand tout est mélangé, on doit constamment reconstruire l’histoire derrière les chiffres.
Quand les finances sont séparées, cette histoire devient beaucoup plus facile à lire.
Prenons un exemple très simple.
Imaginez un relevé de carte de crédit avec :
un abonnement QuickBooks;
l’épicerie;
une publicité Facebook;
un souper au restaurant;
un logiciel professionnel;
une commande Amazon personnelle;
des fournitures de bureau;
l’essence;
Netflix.
Votre comptable doit maintenant déterminer ce qui appartient réellement à l’entreprise.
Et parfois, six mois plus tard, vous ne vous souvenez plus vous-même de ce que vous aviez acheté.
Maintenant, imaginez plutôt une carte utilisée presque uniquement pour l’entreprise.
Chaque transaction qui apparaît dessus a de fortes chances d’être liée aux activités professionnelles.
La tenue de livres devient plus rapide, les rapprochements bancaires sont plus simples et il y a beaucoup moins de questions à résoudre.
Et moins de temps passé à démêler les transactions signifie aussi généralement moins de temps facturable consacré à remettre de l’ordre dans le dossier.
Quand une dépense professionnelle passe dans un compte personnel parmi des dizaines d’autres transactions, elle est beaucoup plus facile à oublier.
Un abonnement de 24,99 $ par-ci.
Une fourniture achetée rapidement par-là.
Un petit paiement pour une application.
Individuellement, ça semble parfois insignifiant.
Mais sur une année complète, toutes ces petites dépenses peuvent représenter une somme importante.
Avoir un compte ou une carte principalement dédiés à l’entreprise permet de retrouver beaucoup plus facilement ce qui a été dépensé pour générer les revenus de l’entreprise.
Ça ne remplace évidemment pas les factures et les pièces justificatives, mais ça crée déjà une première structure.
Il y a une différence importante entre :
« J’ai beaucoup d’argent qui passe dans mon compte » et « Mon entreprise est rentable. »
Les deux ne veulent pas nécessairement dire la même chose.
Lorsqu’on sépare mieux les finances, on peut beaucoup plus facilement suivre :
les revenus de l’entreprise,
les dépenses liées aux opérations,
les sommes à prévoir pour les taxes et les impôts,
et ce qu’il reste réellement après tout ça.
Et c’est souvent à ce moment-là qu’on commence à gérer une entreprise plutôt que simplement à encaisser des paiements.
Parce qu’on peut enfin répondre à des questions comme :
Est-ce que mes prix sont suffisants?
Est-ce que mes dépenses augmentent trop rapidement?
Est-ce que mon entreprise me permet réellement de me verser ce dont j’ai besoin?
Est-ce qu’un service est rentable?
Est-ce que j’ai les moyens d’investir dans un nouvel outil?
Pour prendre de bonnes décisions, encore faut-il pouvoir lire ses chiffres correctement.
Ça arrive.
Et non, votre comptabilité ne va pas exploser.
Une dépense professionnelle payée avec votre compte personnel peut généralement être comptabilisée correctement.
Même chose si une dépense personnelle passe accidentellement dans un compte utilisé pour l’entreprise : on peut l’identifier comme telle.
Le problème n’est donc pas l’erreur occasionnelle.
Le problème commence plutôt lorsque tout est constamment mélangé et qu’il devient pratiquement impossible de distinguer les deux.
L’objectif n’est pas d’avoir une organisation parfaite.
L’objectif est de rendre les exceptions… exceptionnelles.
Ça dépend notamment de la structure de votre entreprise et des exigences de votre institution financière.
Pour un travailleur autonome exploitant une entreprise individuelle, avoir un compte bancaire distinct n’est pas nécessairement une obligation fiscale simplement parce qu’on travaille à son compte.
Par contre, d’un point de vue pratique, c’est souvent une excellente habitude.
Pour une société incorporée, la séparation entre les finances de la société et celles de ses propriétaires devient beaucoup plus importante puisque la société constitue une entité juridique distincte.
Dans tous les cas, il faut également respecter les conditions d’utilisation de votre banque concernant l’usage professionnel d’un compte personnel.
Séparer ses finances ne veut pas dire créer une usine à gaz.
On peut commencer très simplement.
Par exemple :
avoir un compte utilisé principalement pour les revenus et dépenses de l’entreprise;
utiliser une carte distincte pour les achats professionnels;
faire transférer périodiquement une somme vers son compte personnel plutôt que de payer toutes ses dépenses personnelles directement à partir du compte de l’entreprise;
conserver les factures et reçus au fur et à mesure;
prendre quelques minutes chaque mois pour vérifier que les transactions sont bien identifiées.
Ce sont de petites habitudes.
Mais après quelques mois, la différence est énorme.
Quand une entreprise est encore petite, on peut facilement penser :
« Je vais arranger ça plus tard. »
Le problème, c’est que plus l’entreprise grandit, plus le nombre de transactions augmente.
Et le petit mélange facile à démêler avec 20 transactions par mois devient beaucoup moins amusant avec 150.
Mettre une structure en place dès le début n’a donc pas besoin d’être compliqué ni parfait.
Il suffit surtout de créer une frontière assez claire entre ce qui appartient à votre vie personnelle et ce qui appartient à votre entreprise.
Parce qu’au bout du compte, une comptabilité bien organisée ne sert pas seulement à préparer les impôts.
Elle permet surtout de savoir où vous en êtes.
Et quand on travaille à son compte, avoir une vision claire de ses chiffres est probablement l’un des meilleurs outils qu’on puisse se donner pour prendre de bonnes décisions.
Compta Tandem Chevrier,