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Quand on pense à devenir travailleur autonome, on pense souvent à notre métier.
On se dit qu’on est bon dans ce qu’on fait, qu’on connaît notre service, notre produit, notre domaine… et que c’est ça qui va faire fonctionner l’entreprise.
Mais assez rapidement, on réalise que ce n’est qu’une partie de l’équation.
Être bon dans son métier, c’est important. Évidemment.
Mais être travailleur autonome, c’est aussi apprendre à faire avancer une entreprise avec parfois peu de ressources, peu de connaissances dans certains domaines et, surtout au début, pas nécessairement beaucoup de monde autour de soi pour prendre le relais.
On devient vite la personne qui fait un peu de tout.
Et avec le temps, je trouve qu’il y a trois aptitudes qui deviennent particulièrement importantes : la constance, la persévérance et la polyvalence.
La constance : parce qu’une entreprise a constamment besoin d’énergie
Il y a quelque chose qu’on comprend rapidement quand on travaille pour soi : personne ne viendra faire avancer notre entreprise à notre place.
Il faut mettre de l’énergie dedans.
Pas une grosse poussée de motivation une fois de temps en temps. De l’énergie régulièrement.
Faire les suivis. Répondre aux clients. Envoyer les factures. Publier. Faire la comptabilité. Retourner les appels. Corriger ce qui fonctionne mal. Faire du réseautage. Trouver de nouvelles façons de faire. Penser à la publicité. Découvrir l’IA. Douter de tout ce qu’on fait. Continuer à se faire connaître même quand le téléphone ne sonne pas comme on voudrait.
Et recommencer.
C’est probablement la partie la moins glamour de l’entrepreneuriat.
On voit facilement le lancement, le nouveau logo, le contrat signé, la vente importante ou la belle publication sur les réseaux sociaux.
On voit beaucoup moins toutes les petites choses répétées semaine après semaine qui permettent à l’entreprise de continuer d’exister.
Pourtant, ce sont souvent elles qui font la différence.
La constance, ce n’est pas travailler quinze heures par jour sans arrêt. Ce n’est pas non plus être productif sept jours sur sept.
Pour moi, c’est plutôt continuer à mettre de l’huile de coude là où c’est nécessaire, avec une certaine discipline constante et lente, même lorsqu’on n’a pas immédiatement une récompense en retour.
Parce qu’une entreprise qu’on nourrit seulement quand on est motivé risque d’avoir faim assez souvent.
La persévérance : parce qu’il va y avoir des bâtons dans les roues
On pourrait presque l’ajouter aux conditions générales avant de se lancer à son compte :
« Des imprévus surviendront. »
Parce qu’il va y en avoir.
Un client qui ne paie pas.
Une publicité qui ne donne absolument rien.
Un outil informatique qui décide soudainement de ne plus collaborer.
Une règle qu’on ne connaissait pas.
Un fournisseur qui change ses conditions.
Une période plus tranquille.
Une erreur qu’on doit réparer.
Une décision qu’on croyait bonne et qui, finalement, ne fonctionne pas du tout comme prévu.
Et parfois, plusieurs de ces choses en même temps, parce que pourquoi faire simple.
C’est là que la persévérance devient importante.
Pas dans le sens de continuer aveuglément quelque chose qui ne fonctionne pas. Au contraire.
Persévérer, ça peut aussi vouloir dire arrêter, analyser, modifier notre façon de faire et essayer autrement.
Chercher une solution.
Demander conseil.
Apprendre de notre erreur.
Changer de stratégie.
Puis continuer.
Parce que si chaque complication devient une raison d’abandonner, l’entrepreneuriat risque d’être particulièrement difficile.
Il faut une certaine capacité à encaisser un problème sans automatiquement conclure que tout le projet est mauvais.
Parfois, ce n’est pas l’entreprise qui ne fonctionne pas.
C’est simplement quelque chose dans l’entreprise qui doit être ajusté.
La polyvalence : parce qu’au début, on porte beaucoup de chapeaux
Je pense que c’est probablement ce qui surprend le plus quand on commence.
On se lance pour exercer un métier ou offrir un service… et soudainement, on devient aussi gestionnaire.
Puis service à la clientèle.
Puis administration.
Puis création de contenu.
Puis publicité.
Puis vendeur.
Puis responsable informatique parce que quelque chose ne fonctionne plus.
Puis comptable le dimanche soir parce que les reçus se sont mystérieusement multipliés sur le coin du bureau.
Et au milieu de tout ça, il faut encore effectuer le travail pour lequel l’entreprise existe réellement.
Évidemment, personne ne peut être expert dans tout.
Et le but n’est surtout pas de le devenir.
Mais quand on débute et qu’on n’a pas encore les ressources financières pour engager quelqu’un chaque fois qu’une nouvelle tâche apparaît, il faut développer une certaine débrouillardise.
Apprendre à chercher.
Lire.
Comparer.
Poser des questions.
Comprendre suffisamment un sujet pour prendre une décision éclairée.
Et surtout, apprendre à reconnaître le moment où il vaut mieux demander l’aide de quelqu’un qui connaît réellement son domaine.
Parce qu’être autonome ne veut pas dire devoir tout faire seul.
Mais même lorsqu’on délègue, je crois qu’il est important de comprendre un minimum ce qu’on confie à quelqu’un d’autre.
Une entreprise nous appartient. Les décisions aussi.
Plus on est informé, moins on risque d’accepter n’importe quoi simplement parce qu’on ne comprend pas ce qu’on nous présente.
On ne maîtrise pas tout ça dès le départ
Et heureusement.
Je pense qu’on pourrait facilement se décourager si on réalisait dès le premier jour tout ce qu’on allait devoir apprendre.
La réalité, c’est qu’on développe ces aptitudes progressivement.
On devient plus débrouillard parce qu’on a dû trouver des solutions.
On devient plus persévérant parce qu’on a traversé quelques périodes difficiles.
Et on apprend la constance parce qu’on finit par comprendre que les résultats viennent rarement d’un seul gros effort.
Ils viennent plutôt d’une accumulation de petites actions répétées.
Être travailleur autonome, ce n’est donc pas seulement maîtriser son métier.
C’est apprendre à faire vivre quelque chose qui dépend en grande partie de nous.
Et probablement apprendre, au passage, beaucoup plus de choses qu’on pensait un jour devoir connaître.
Marie-Jo Chevrier, CTC
travailleuse autonome depuis 2014